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La Gardiolle

 

Histoire de La Gardiolle

Jusqu'en 1893-1895, la Gardiolle désignait un château et une ferme, le mas du Loup, sur un domaine de 200 hectares, le tout appartenant à la famille de Cabiron.
Marcel BARRAL, né le 25 novembre 1906 au mas de Merle, voisin du mas du Loup, écrit :
« Le mas du Loup avait un fermier, un peu de vigne côté Aghusan, des céréales, beaucoup de mûriers pour l'élevage des vers à soie et, comme tous les mas environnants, de grandes magnaneries et un troupeau de brebis assez important, 300 bêtes, si ma mémoire est bonne. Le fermier se nommait Malgoire et le berger Sabadel ; il y avait une grande mare qui servait d'abreuvoir au bétail, et des plantations de mûriers ; il en existe encore quelques uns. »
Mademoiselle Marie de Cabiron de la Gardiolle décide alors de faire don du domaine aux Pères de Grignion de Montfort. Écoutons Marcel BARRAL :
« La Mademoiselle, car il fallait dire Melle de Cabiron, décide que ce ne sera plus le mas du Loup, on va en faire un orphelinat, une garderie, on l'appellera Notre-Dame de la Gardiolle, on accueillera les orphelins, les enfants abandonnés, les malheureux. Il y aura des écoles où les religieux enseigneront, une grande chapelle où l'on pourra recevoir tout le monde sans se tenir debout, son clocher sera surmonté d'une Vierge qui tend les bras et qui veut dire : "Laissez venir à moi les petits enfants qui n'ont pas de maman ou de papa". C'est ce que nous disait notre mère quand elle nous accompagnait à l'école dans les années 1911-1912 : le chemin principal de N.D. de La Gardiole était face à la chapelle, venant de la route par le Moulin à vent, la route actuelle n'était qu'un chemin de charrettes d'exploitation.
Les grands travaux commencent en 1895 environ. On loue des attelages, chevaux et charrettes, des chars à bœufs pour le transport des pierres de Pompignan qui n'est pas très éloigné. Les tailleurs de pierres les façonnent sur place, des tombereaux sortent sable et gravier du Vidourle ; pendant deux ou trois ans, c'est un immense chantier. La commune de Conqueyrac n'avait jamais vu ça... »
Le don de Mademoiselle de Cabiron est réceptionné par les Pères de Grignion de Montfort le 28 février 1893 et l'inauguration de l'orphelinat a lieu quelque temps après.
La première pierre de l'église ND de la Gardiolle est bénie le 7 juin 1900 par M. le Chanoine CUSSAC, vicaire général d'Avignon. Son inauguration fait l'objet d'une grande cérémonie, le 27 août 1901.

Écoutons M. le chanoine BASSAGET, qui s'exprime ainsi dans la Semaine Religieuse de Nîmes du 1er septembre 1901 :

L'église en construction

« Entre Saint-Hippolyte et Sauve, sur un plateau qui domine la vallée du Vidourle, s'élevait, jadis solitaire, le château de la Gardiolle. Aujourd'hui, un groupe harmonieux d'élégantes et vastes constructions forme autour du manoir comme une gracieuse ceinture que relèvent des bouquets de chênes verts et d'immenses vignes aux pampres verdoyants. C'est la colonie de la Gardiolle. Obéissant à la pensée de ses vénérés défunts non moins qu'à sa piété généreuse, Mademoiselle de Cabiron a ouvert ce paisible asile à de pauvres orphelins. Aux bienfaits d'une éducation chrétienne, les Pères de Montfort, les Frères et les Filles de la Sagesse ajoutent pour ces chers enfants l'enseignement agricole. Plus de deux cents hectares de terrain ont été mis à leur disposition par la noble châtelaine comme un champ d'expériences.
Mais il fallait à ces lieux une église digne de la foi de ces apôtres dévoués de la Charité. Sur les plans d'un éminent architecte, la Gardiolle vient de s'enrichir d'un vrai bijou d'architecture religieuse. La chapelle est du style roman le plus pur. Ses verrières y tamisent une douce lumière. Le clocher qui domine l'édifice, en forme de tiare, est couronné d'une statue monumentale de la Vierge dont les bras étendus semblent protéger toute la contrée. L'ensemble du monument est du plus bel effet. Pour le consacrer au Seigneur, la Gardiolle préparait depuis de longs jours, des fêtes solennelles....
Puissent ces fêtes magnifiques, être pour tous comme un salutaire réconfort et une espérance pour des jours meilleurs.»
Le discours d'inauguration a été prononcé par Mgr Joseph MEFFRE, prélat de la Maison de sa Sainteté.

L'église terminée.
Au dernier plan, le château

 

La légende du Mas du Loup

(C'est à nouveau Monsieur Marcel BARRAL qui raconte)
« Pour connaitre la légende de ce nom, il faut reprendre les contes qui se sont transmis de génération en génération pour savoir à peu près ce qui s'est passé de-puis cette époque. Vers le 11ème ou le 12ème siècle, un monastère se créa au lieu que l'on appelle aujourd'hui Aguzan... Les moines défrichèrent les garrigues d'alentour de la Coste... Ils creusèrent un puits assez profond dont une galerie va chercher l'eau sous la montagne en face et qui ne se tarit que par grande sécheresse. Ils construisirent des dépendances, dont une grande bergerie autour du monastère, c'est à dire celle de la Gardiolle, qu'ils appelaient la Diasso. A cette époque, la région est infestée de loups...
L'aération des bergeries se faisait par de petites ouvertures dites lucarnes, assez hautes, un mètre, mais très étroites, de façon que les carnassiers, les loups en particulier, ne puissent pénétrer à l'intérieur. Les portes fermées à triple verrou, une nuit d'hiver, les loups affamés rôdent autour de la bergerie, s'agrippent au mur ; la lucarne est étroite, si la tête passe, le corps passera, un rentre, puis deux, peut-être trois; ils égorgent des brebis. Une fois rassasiés, à plein ventre, ils ne repassent plus par la lucarne. Le berger qui dort dans sa cabane avec son chien est réveillé par le bruit des brebis qui s'affolent et c'est la lutte entre les loups et le berger et son chien, muni de son collier de protection (1), à coup de flèches et de lances d'acier, ils viennent à bout des bêtes féroces. Je pense que c'est bien cela qui s'est produit au environ du 17ème siècle...
En 1820, le mas change de nom et s'appelle le mas du Loup. Voilà l'histoire légendaire du mas du Loup. »
(1)Les chiens, pour ne pas se laisser prendre au cou par les crocs du loup, portaient de gros colliers, larges de 10 ou 15 cm, avec de grosses pointes très acérées.